Sénégal : Le président Faye nomme un gouvernement boycotté par Ousmane Sonko

C'est l'épilogue — ou le début d'un nouveau chapitre tumultueux — d'une dégradation des relations entamée dès 2025. L'annonce de la nouvelle équipe de 30 ministres, désormais dirigée par l'économiste Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô, s'est faite dans un climat de haute tension politique. Quelques minutes seulement avant la publication de la liste officielle, Ousmane Sonko, leader du parti PASTEF - Les Patriotes, coupait l'herbe sous le pied de la présidence en annonçant sur ses réseaux sociaux le boycott pur et simple de cette administration.
Selon le communiqué publié par Ousmane Sonko, un ultime entretien s’est tenu entre le chef de l’État et lui-même pour tenter d'accorder leurs violons, en vain. L'ancien Premier ministre, nommé entre-temps à la tête de l'Assemblée nationale, fait état de divergences profondes :
« Des convergences ont certes été confirmées, mais aussi et surtout des points de désaccord, notamment autour de la place et du rôle de la majorité dans le dispositif exécutif. En conséquence, le PASTEF ne participera pas au prochain gouvernement et n'y sera représenté par aucun ministre. »
Malgré ce mot d'ordre strict, le président Faye a choisi de passer outre en intégrant dans son équipe plusieurs personnalités de second plan et alliés issus du parti, à l'instar de Moussa Bala Fofana (Urbanisme) ou Yankhoba Diémé (Forces armées), créant de fait une ligne de fracture au sein même de la mouvance présidentielle.
Pour le Sénégal, cette séparation marque la fin du mythique "tandem" qui avait balayé le paysage politique lors de la présidentielle de 2024 sous le slogan « Diomaye mooy Sonko » (Diomaye, c'est Sonko). Élu grâce au report massif du capital politique de son mentor, alors inéligible, Bassirou Diomaye Faye s'est progressivement émancipé de la tutelle de son Premier ministre.
Le grand paradoxe de cette nouvelle configuration réside dans l'équilibre des pouvoirs. Ousmane Sonko contrôle la majorité législative à l'Assemblée nationale, tandis que Bassirou Diomaye Faye détient le pouvoir exécutif et s'entoure désormais de technocrates et de fidèles pour gouverner.
Si certains analystes estiment que le chef de l'État a repris la plénitude de ses fonctions pour mettre fin à une forme de "cohabitation" déguisée, cette guerre fratricide plonge le Sénégal dans une zone d'incertitude institutionnelle, alors que les urgences économiques et les attentes de la jeunesse restent immenses.
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