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KENYA

Ebola au Kenya : Des Américains en quarantaine, une justice bafouée et un ministre « pas informé »

Ebola au Kenya : Des Américains en quarantaine, une justice bafouée et un ministre « pas informé »

La crise politique et sanitaire s'envenime au Kenya. Vendredi, le Département d'État américain a confirmé que plusieurs de ses citoyens s'étaient isolés dans l'unité de bio-isolement ultra-controversée de la base aérienne de Laikipia. Une annonce qui plonge le gouvernement kényan en plein chaos de communication, alors que le ministre de la Santé affirme ne rien savoir, au mépris des décisions de justice et au prix de violences mortelles.

Pour la population kényane, la pilule est d'autant plus amère que le pays n'a jamais enregistré le moindre cas de virus Ebola sur son sol. L'introduction volontaire de porteurs potentiels d'une maladie aussi contagieuse et létale suscite une opposition locale féroce.
Le nœud du scandale réside dans la contradiction flagrante entre Washington et Nairobi. Dans un communiqué officiel, le Département d’État américain a affirmé sans détour :

« Les autorités kényanes ont autorisé leur déplacement vers cette installation. »

Pourtant, interrogé par l’AFP, le ministre kényan de la Santé, Aden Duale, a balayé l'information d'une phrase : « Je n'en suis pas informé ».

Cette situation est d'autant plus explosive que le ministre Duale joue sa tête devant la justice de son propre pays. Accusé d'avoir ignoré un ordre juridique suspendant les travaux du centre, il a été reconnu coupable d'outrage au tribunal. Pour sa défense, il avait formellement juré devant la Haute Cour, le 23 juin dernier, avoir ordonné « l’arrêt immédiat et complet de toute construction envisagée ». L'activation concrète de la base prouve aujourd'hui le contraire.
L'ampleur de la colère populaire a pris de court les gouvernements kényan et américain. Loin d'être une simple bataille juridique, la contestation a tourné au drame : trois Kényans ont perdu la vie lors de violentes manifestations près de la base de Laikipia, située à 200 kilomètres de Nairobi.

Au-delà de la peur légitime du virus, les critiques dénoncent un arrangement aux relents coloniaux. Beaucoup perçoivent cette installation comme une délocalisation cynique du risque sanitaire : des humanitaires américains, de l'organisation chrétienne Samaritan’s Purse, ont été exposés en République démocratique du Congo (RDC) – où un autre citoyen américain a d'ailleurs été testé positif. N'ayant pas le droit de rentrer directement aux États-Unis à cause des restrictions, ils sont "parqués" au Kenya.

Le Département d'État tente de temporiser en précisant qu'à ce stade, ces humanitaires sont « asymptomatiques », n'ont « pas été testés positifs » et ont été transférés « strictement par excès de prudence ».
Pour le président kényan William Ruto, il s'agit d'un calcul géopolitique hautement sensible. Il a publiquement déclaré qu'il serait « regrettable » de rejeter la demande de Washington après des décennies d'aide médicale américaine.

En coulisses, les enjeux financiers sont colossaux. Les États-Unis ont déjà promis 13,5 millions de dollars pour la préparation du Kenya face à Ebola. Surtout, les deux nations finalisent actuellement un accord sanitaire majeur et très controversé : le Kenya s'apprête à céder d'importantes quantités de données de santé de ses citoyens en échange de milliards de dollars d'aide américaine.

Entre la vie de ses citoyens, l'autorité de ses tribunaux et les milliards de Washington, le gouvernement kényan semble avoir choisi son camp, quitte à feindre l'ignorance.

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