À la CPI, le récit glaçant des rescapés de la prison de Mitiga en Libye

Visé par 17 chefs d'accusation, El Hishri est accusé d'avoir orchestré et participé à des actes systématiques de viol, de torture et d'esclavage à l'encontre de migrants en transit.
Lors des déclarations liminaires, la procureure-adjointe de la CPI, Nazhat Shameem Khan, a brossé le portrait d’un homme cruel, redouté par l'ensemble des détenus qui l’avaient surnommé « l'ange de la mort ».
« L'une de ses méthodes de torture préférées consistait à tirer sur les gens, notamment dans les jambes et les genoux. Il suspendait également les gens, les mains liées derrière le bureau, et les frappait à coups de pelle. »
— Nazhat Shameem Khan, Procureure-adjointe de la CPI
Le bureau du procureur a également détaillé des actes de torture par électrochocs, l'utilisation de câbles électriques et de bâtons en plastique, ainsi que des cas de prisonniers morts de faim ou de froid.
Parmi les 54 victimes appelées à la barre, le témoignage de Lam Magok, un jeune migrant sud-soudanais ayant passé cinq années enfermé à Mitiga, est venu humaniser l'horreur de ce système carcéral. Il a décrit de vive voix la violence arbitraire d'El Hishri :
L'agression initiale : « On nous a dit de nous asseoir en ligne, et j'avais une croix autour du cou. C'est alors qu'il est arrivé avec un grand bâton, il a d'abord enlevé la croix et m'a frappé à la tête. »
La terreur des armes : « Puis il est arrivé avec un pistolet à la main, il a commencé à pointer son pistolet sur ma tête et sur celle des autres. »
Les punitions corporelles : Montrant les cicatrices profondes sur ses jambes, Lam Magok a expliqué les représailles systématiques : « Si quelqu'un essaie de s'échapper, ils le frappent aux jambes pour que la prochaine fois, vous n'essayiez pas de vous échapper à nouveau. »
Interpellé en Allemagne l'été dernier avant d'être incarcéré à La Haye, Mohamed Ali El Hishri nie l'intégralité des faits qui lui sont reprochés. Sa défense tente de faire valoir son statut au sein des structures officielles libyennes pour contester la compétence de la Cour.
À l'issue de ces trois jours d'audiences de confirmation des charges, les juges détermineront s'il existe des preuves suffisantes pour organiser un procès formel. Pendant ce temps, la CPI poursuit ses efforts et recherche toujours activement d'autres hauts responsables libyens, notamment l'ex-chef de la police judiciaire, suspecté d'avoir couvert ou co-organisé ces mêmes exactions à Mitiga.
Commentaires