Tunisie : 8 ans de prison confirmés en appel pour la militante antiraciste Saadia Mosbah

Figure emblématique de la lutte contre les discriminations en Tunisie et présidente de l'association Mnemty (« Mon rêve »), cette militante noire de 66 ans voit sa condamnation pour des infractions financières gravée dans le marbre, malgré la mobilisation internationale.
L'affaire remonte à mai 2024. Saadia Mosbah avait été brutalement interpellée puis placée en détention provisoire. Son arrestation est survenue quelques heures seulement après une réunion du Conseil de sécurité nationale tunisien. Lors de celle-ci, le président de la République, Kais Saied, avait réitéré de vives attaques contre les organisations de la société civile s'occupant des migrants subsahariens.
Officiellement, la justice reproche à Saadia Mosbah et à plusieurs membres de son équipe des délits financiers :
Blanchiment d'argent
Enrichissement illicite
Détournement de fonds liés à des financements internationaux
Au cours de ce même procès en appel, la Cour a néanmoins prononcé un non-lieu pour trois membres de l'association, tandis que quatre autres collaborateurs ont écopé de deux ans de prison avec sursis.
Pour les défenseurs des droits humains, cette condamnation est un coup de massue. Saadia Mosbah est une personnalité historique : elle est l’artisane principale de l'adoption, en octobre 2018, d’une loi pionnière en Tunisie et unique dans le monde arabe criminalisant les propos et actes racistes.
Depuis le virulent discours présidentiel de février 2023 dénonçant les « hordes de migrants clandestins » et un prétendu « complot démographique », la militante s'était retrouvée en première ligne pour protéger les Subsahariens victimes d'une vague sans précédent de violences et d'expulsions.
« Saadia est une militante : grâce à elle, nous avons une loi contre le racisme dont nous sommes fiers. C’est le discours de la haine qui a déclenché cette affaire », a plaidé son avocate, Me Hayet Jazzar, lors de l'audience.
La présence massive de diplomates occidentaux (Union européenne, ONU, France, Allemagne, Belgique) à l'audience de ce mardi témoigne de l'écho international de ce procès. Avant le rendu du verdict, l'ONG Amnesty International avait fermement dénoncé des « accusations infondées » et « une nouvelle illustration consternante de l’utilisation de la justice pénale pour réduire au silence la société civile ».
D'autres organisations comme Front Line Defenders soulignent que les flux financiers reprochés à Mnemty correspondent en réalité à de modestes frais de fonctionnement administratifs.
Alors que le gouvernement tunisien a en parallèle enclenché une procédure de dissolution de l'association Mnemty, la confirmation de cette peine de 8 ans illustre, pour les observateurs, le verrouillage progressif de l'espace civique et associatif en Tunisie.
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