Tensions migratoires : L'Union européenne durcit l'accès aux visas pour les Somaliens, Mogadiscio riposte

L'Union européenne s'appuie sur une évaluation de la Commission européenne qui juge « insuffisante » l'implication de la Somalie dans les accords de réadmission des migrants déboutés du droit d'asile. Le commissaire européen à la migration, Magnus Brunner, a averti avec fermeté que les pays d’origine doivent honorer leurs obligations, faute de quoi « des conséquences » sont à prévoir.
Présentées comme un instrument de pression temporaire sans durée définie, les sanctions consulaires modifient drastiquement le parcours des demandeurs de visa somaliens :
Allongement des délais : Le temps standard d'instruction des dossiers passe de 15 à 45 jours.
Fin des entrées multiples : Les États membres ne délivreront plus de visas Schengen à entrées multiples.
Exigences accrues : Plusieurs procédures simplifiées relatives aux justificatifs à fournir sont suspendues.
Fin des privilèges officiels : L’UE a mis fin à l’exemption de frais de visa pour les titulaires de passeports diplomatiques et de service.
Face à ces sanctions, le président somalien Hassan Sheikh Mohamud a vivement rejeté les accusations de non-coopération, affirmant que son pays reste disposé à accueillir ses ressortissants. Cependant, Mogadiscio refuse catégoriquement les expulsions massives sans garanties juridiques et insiste sur une vérification stricte de l’identité des personnes expulsées.
Le gouvernement somalien met en garde contre des erreurs d'identification majeures survenues par le passé :
« Nous n’avons pas rejeté notre peuple. Si ce sont des Somaliens, nous les accepterons. »
Hassan Sheikh Mohamud a notamment évoqué le cas d'individus ne parlant même pas la langue somalienne, mais s'étant fait passer pour tels afin d'obtenir l'asile en Europe. Pour la Somalie, s'assurer de la nationalité des expulsés est une condition de sécurité nationale et de responsabilité élémentaire avant toute réadmission.
Ces tensions s'inscrivent dans un contexte migratoire complexe, marqué par des décennies d'instabilité en Somalie depuis l'effondrement de l'État central en 1991. Le pays reste confronté à une crise sécuritaire et humanitaire prolongée, aggravée par l'insurrection du groupe armé Al-Shabab (affilié à Al-Qaïda) actif depuis 2006. Ces facteurs structurels alimentent les flux vers l'Europe tout en rendant les procédures de retour extrêmement complexes.
La Somalie rejoint ainsi une liste restreinte de nations ciblées par ce « levier visa » de l'UE, après la Gambie en 2021 et l'Éthiopie en 2024 (cette dernière ayant vu ses restrictions levées en mai dernier après une amélioration de sa coopération).
Alors que l'Europe durcit progressivement sa politique migratoire en renforçant ses mécanismes de retour, plusieurs organisations de défense des droits humains s'inquiètent de ces mesures. Elles estiment que ces restrictions risquent de pénaliser lourdement les civils somaliens voyageant pour des motifs familiaux, professionnels ou académiques, sans pour autant résoudre les causes profondes de la migration. Bruxelles, de son côté, conditionne fermement toute levée de sanctions à une amélioration substantielle de la coopération de Mogadiscio.
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