Miski et le Tchad : Chronique d'une poudrière entre souveraineté de l'État, ruée vers l'or et identité locale

Gérer un pays comme un héritage de famille et le précipiter dans l'impasse : voilà le spectacle affligeant qu'offre le sommet de l'État tchadien. Sous les dorures de N’Djamena et les discours incantatoires sur la « nouvelle dynamique » ou la souveraineté, la réalité du terrain dessine le visage d'un pouvoir confisqué, aveugle et sourd aux souffrances de son peuple.
Le cas de Miski n'est qu'un symptôme parmi d'autres de cette gouvernance par la force et le mépris. Envoyer la brigade minière et l'armée brider des populations locales au nom d'un État central qui brille par son absence partout ailleurs, c'est choisir la logique du canon plutôt que celle du contrat social. On s'indigne de quelques pertes militaires, mais qui interroge le désespoir de ces citoyens du Tibesti, traités comme des ennemis de l'intérieur sur leur propre terre, simplement parce qu'ils refusent d'être spoliés d'une manne qui devrait faire vivre leur région ? C'est le paradoxe tragique d'un régime : intraitable, brutal et militarisé quand il s'agit d'écraser des contestations périphériques ou de mater l'opposition, mais incapable de garantir l'essentiel l'eau, l'électricité, la dignité et la sécurité au quotidien de ses citoyens.
Pendant que le pays s'enfonce dans la précarité, que la jeunesse erre sans perspective et que les régions subissent de plein fouet les crises sécuritaires ou sanitaires, la gestion politique se résume à un cynique jeu de bascule : on emprisonne, on gracie, on négocie en coulisses et on courtise les investisseurs étrangers en liquidant les ressources nationales, tout en s'offrant le luxe d'une opulence indécence au sommet. Les dorures des palais et les factures astronomiques de séjours princiers tranchent violemment avec la misère d'une population jetée dans le dénuement.
À force de gouverner par la matraque, par la dynastie et par la peur, on ne stabilise pas un pays : on le cocotte-minute. Un État ne se dirige pas comme une caserne ni comme une entreprise privée destinée à faire fructifier les intérêts d'un clan. En transformant chaque contestation en casus belli et chaque richesse en source de prédation, le pouvoir en place ne fait que creuser un peu plus sa propre illégitimité. Le jour où le couvercle sautera définitivement, ce ne sont pas les communiqués triomphants de l'état-major ni les fausses promesses de prospérité qui sauveront ceux qui ont choisi de régner sur des ruines.
À Miski comme ailleurs, la méthode Mahamat Kaka se résume à une vision purement casterniste et brutale du pays : envoyer la troupe, réprimer, diviser pour régner, puis singer le dialogue quand les armes s'avèrent inefficaces. Au lieu d'apaiser les fractures historiques entre le centre et les périphéries, son régime militarise à outrance chaque parcelle de terre qui revendique ses droits ou conteste le monopole de N'Djamena sur les richesses minières.
Le drame du Tchad sous Mahamat Kaka, c'est cette incapacité chronique à penser le pays autrement que par le prisme de la force brute et de la survie du clan. On jongle entre des alliances de circonstance, on achète des silences, on distribue des grades de maréchal en circuit fermé pendant que la jeunesse tchadienne s'asphyxie dans le chômage, l'absence de services de base et la répression de toute velléité de contestation. En s'arc-boutant ainsi sur un pouvoir absolu et déconnecté des réalités du peuple, le système au sommet ne fait qu'accélérer l'implosion d'un pays qui ne demande qu'à respirer, loin des logiques de caserne et des dynasties autoproclamées.
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