Massacre à l'aube d'un drone : au moins 153 morts dans un bombardement sur un marché frontalier à Abyei

La région frontalière d'Abyei, déjà fragilisée par des décennies de tensions territoriales, a basculé dans l'horreur. Une frappe de drones menée par l'armée soudanaise a pulvérisé lundi le marché d'Amiet, un carrefour commercial névralgique situé dans cette zone disputée entre le Soudan et le Soudan du Sud. Selon un nouveau bilan communiqué mercredi par les autorités locales, le drame a fait au moins 153 morts, un chiffre qui s'annonce tragiquement provisoire.
Le marché d'Amiet n'était pas seulement un lieu d'échanges économiques ; c'était un espace de coexistence où se croisaient des populations de diverses nationalités. D'après Yohana Akol, ministre de l'Information par intérim de la zone administrative spéciale d'Abyei, les victimes recensées appartiennet à plusieurs communautés, englobant des Soudanais, des Sud-Soudanais, des Éthiopiens et des Somaliens.
Les témoignages recueillis sur place dépeignent une scène de désolation apocalyptique. « Un essaim de drones survolait le marché d'Amiet et a bombardé une partie du site et ses alentours », a confié un témoin sous couvert d'anonymat. L'embrasement de dépôts de carburant a transformé le marché en un piège de feu. « Certains ont péri carbonisés et des personnes ont été brûlées vives à l'intérieur des commerces », a déploré M. Akol, précisant que les secouristes luttent pour exhumer les corps des décombres calcinés, tandis qu'une vingtaine de blessés graves ont été conduits en urgence à l'hôpital.
Cette attaque d'une extrême violence relance de plus belle les inquiétudes autour du statut d'Abyei. Régie par une administration spéciale et placée sous la protection de la Force intérimaire de sécurité des Nations unies pour Abyei (UNISFA), cette enclave est le théâtre d'une souveraineté contestée depuis la sécession du Soudan du Sud en 2011. L'utilisation de drones de combat par l'armée soudanaise dans cette zone tampon témoigne d'une dangereuse escalade tactique, faisant fi des lignes de démarcation et de la présence des casques bleus.
Ce drame survient dans un contexte national dramatique. Depuis 2023, le Soudan est saigné à blanc par une guerre fratricide acharnée entre l'armée régulière, commandée par le général Abdel Fattah al-Burhan, et les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR). Alors que les bombardements aveugles se multiplient aux quatre coins du pays faisant près d'une centaine de morts supplémentaires le même week-end dans des zones aux mains des paramilitaires, les civils continuent de payer le prix fort d'un conflit qui s'enlise, embrasant désormais les zones frontalières les plus fragiles de la Corne de l'Afrique.
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