Le Sénégal et le Maroc devant le TAS : le feuilleton explosif de la finale de la CAN rejoué dans les prétoires

Neuf mois après le chaos du Stade Moulay Abdallah de Rabat, la finale de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) s'est invitée ce jeudi au Tribunal arbitral du sport (TAS). Entre autorité de l'arbitre, sanctions administratives et tensions diplomatiques, la plus haute juridiction sportive doit trancher le sort du titre continental.
Une audience à huis clos d'une journée s'est tenue ce jeudi au siège du TAS à Lausanne, en Suisse, réunissant un panel de trois juges. Aucune date n'a encore été fixée pour le verdict de cette affaire devenue hautement sensible, qui déterminera définitivement le nom du champion d'Afrique, alors que la prochaine édition de la CAN se profile dès le mois de juin prochain au Kenya, en Tanzanie et en Ouganda. Fait notable : les dirigeants des fédérations sénégalaise et marocaine ont brillé par leur absence, retenus au Cap-Vert pour un sommet de trois jours de la CAF en présence du président de la FIFA, Gianni Infantino.
Pour saisir l'ampleur de la bataille juridique, il faut replonger dans les 120 minutes de cette finale irrespirable. Après un premier temps additionnel très tendu, l'arbitre congolais Jean-Jacques Ndala accorde un penalty au Maroc. Estimant la décision inique, les joueurs sénégalais quittent momentanément la pelouse pour protester, provoquant une interruption de 15 minutes.
Alors que le match menace d'être définitivement arrêté ce qui aurait pu offrir le titre sur tapis vert aux Lions de l'Atlas, la star sénégalaise Sadio Mané joue un rôle crucial en convainquant ses coéquipiers de reprendre la partie. Le penalty, l'occasion en or pour le Maroc de décrocher son premier titre depuis 1976, est confié à l'attaquant du Real Madrid Brahim Díaz. Mais ce dernier tente une audacieuse « Panenka », facilement captée par un Édouard Mendy resté solide sur ses appuis.
La rencontre se poursuit finalement en prolongation. Quatre minutes plus tard, le milieu sénégalais Pape Gueye crucifie la défense marocaine d'une frappe surpuissante, offrant la victoire et le trophée au Sénégal (1-0).
Sur le terrain, le sacre est sénégalais. Mais dans les bureaux, le vent tourne radicalement. Onze jours après la finale, les instances disciplinaires de la CAF infligent plus d'un million de dollars d'amendes cumulées aux deux fédérations, aux joueurs et à l'entraîneur sénégalais Pape Thiaw qui s'était justifié en voulant « protéger ses joueurs », tout en rejetant dans un premier temps la requête du Maroc.
Cependant, après plusieurs recours, la commission d'appel de la CAF finit par infléchir sa position deux mois plus tard. S'appuyant sur le règlement stipulant qu'une équipe qui « refuse de jouer ou quitte le terrain avant la fin réglementaire sans l'autorisation de l'arbitre » est déclarée perdante et éliminée, elle annule le résultat et attribue la victoire 3-0 sur tapis vert au Maroc.
C'est précisément ce grand écart juridique que conteste le Sénégal devant le TAS. La défense sénégalaise s'appuie sur la Loi 5.2 des Lois du jeu, qui dispose que « les décisions de l’arbitre concernant les faits liés au jeu, notamment la validité d’un but et le résultat du match, sont définitives ». Jean-Jacques Ndala ayant choisi de faire reprendre la rencontre et de la mener à son terme, le résultat acquis sur la pelouse devrait, selon la jurisprudence sportive, primer sur les sanctions disciplinaires a posteriori.
Le gouvernement sénégalais, qui a promis de soutenir toutes les voies légales pour récupérer le trophée, pointe également du doigt des soupçons de corruption et une influence jugée disproportionnée du Maroc au sein de la CAF et de la FIFA, dans la perspective de l'organisation conjointe de la Coupe du monde 2030.
Dans ce climat de fortes tensions, qui avait vu des heurts éclater entre supporters sénégalais et forces de l'ordre à Rabat avant que le roi Mohammed VI ne gracie en mai dernier 18 supporters sénégalais condamnés à de la prison, l'arrêt du TAS est attendu avec la plus grande anxiété. Il fixera non seulement le destin d'une CAN historique, mais fera également jurisprudence sur la suprématie du terrain face aux décisions des instances administratives.
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