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Guinée-Bissau : le veto ferme d’un État face à un essai clinique controversé

Guinée-Bissau : le veto ferme d’un État face à un essai clinique controversé

Dans le domaine de la recherche biomédicale internationale, l'équilibre entre progrès scientifique et éthique protectrice vient de connaître un tournant décisif en Afrique de l'Ouest. Le Conseil des ministres de la Guinée-Bissau a officiellement confirmé son refus d'autoriser un vaste essai clinique, financé en partie par les États-Unis et piloté par des chercheurs européens, qui prévoyait de manipuler les calendriers de vaccination de 14 000 nouveau-nés. Une décision forte qui illustre l'affirmation grandissante de la souveraineté sanitaire des États face aux protocoles exogènes.
Au cœur de la controverse se trouvait l'évaluation de la stratégie vaccinale contre l'hépatite B, un fléau sanitaire majeur dans cette région du monde. Portée par des chercheurs danois du réputé Bandim Health Project affilié à l'Université du Danemark du Sud et soutenue par un financement de 1,6 million de dollars des Centres américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC), l'étude cherchait à comparer les effets sur la mortalité et le développement de deux protocoles.

La moitié des 7 000 nourrissons du groupe expérimental devait voir l'administration de sa première dose retardée de la naissance à l'âge de six semaines, calquant artificiellement le calendrier local actuel en attendant sa mise en conformité future avec les standards mondiaux prévue pour 2028.

Pourtant, cette méthodologie a immédiatement provoqué un tollé parmi les spécialistes de santé publique. L'Organisation mondiale de la santé recommande de manière absolue d'administrer une première dose dans les vingt-quvier heures suivant la naissance dans les zones à forte prévalence. De nombreux experts ont ainsi dénoncé un protocole exposant inutilement des nouveau-nés à des risques d'infection évitables.
Au-delà des débats scientifiques, la contestation s'est rapidement déplacée sur le terrain politico-légal. Le ministre de la Santé, Quinhin Nantote, a publiquement affirmé que les modalités réelles de l'essai n'avaient jamais reçu l'aval en bonne et due forme de ses services, mettant en lumière des failles dans la transparence et le respect de la législation nationale.

Face à ces tensions, la réponse des institutions bissau-guinéennes a été intransigeante. Lundi, la police judiciaire a mené une descente et perquisitionné les locaux du Bandim Health Project, procédant à la saisie des stocks de vaccins destinés à l'étude. Si les chercheurs ont tenu à rassurer en affirmant qu'aucun nouveau-né n'avait encore été enrôlé et que l'essai n'avait pas débuté, la mesure des autorités envoie un message sans équivoque.

En stoppant net ce projet, la Guinée-Bissau rappelle une règle fondamentale : la recherche clinique internationale ne peut s'affranchir ni des cadres légaux locaux, ni de l'imperératif éthique de protection absolue des populations les plus vulnérables.

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