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SENEGAL

Cacophonie à Dakar : le ministère des Finances désavoue le ministre du Commerce sur la restructuration de la dette

Cacophonie à Dakar : le ministère des Finances désavoue le ministre du Commerce sur la restructuration de la dette

Dans une déclaration officielle envoyée en urgence aux investisseurs internationaux ce mardi, les autorités financières ont tenu à désamorcer la panique des marchés. Le communiqué précise sans détour que les remarques du ministre du Commerce « reflètent simplement des opinions personnelles et ne doivent pas être interprétées comme représentant la position officielle du gouvernement du Sénégal ».
Dimanche dernier, lors de l'émission Point de Vue sur la RTS, Serigne Gueye Diop avait adopté une posture pragmatique mais jugée ultra-sensible. Évoquant la possibilité de rééchelonner les remboursements de l'État pour libérer de l'oxygène budgétaire au profit de l'agriculture ou de l'éducation, il avait lâché : « Si la solution passe par la restructuration, le gouvernement est prêt à le faire sans aucune nuance péjorative ».

Cette ouverture à une renégociation de la dette publique – un mot que l'exécutif évitait soigneusement de prononcer – a provoqué une onde de choc. La panique est d'autant plus vive que les agences de notation et les banques d'affaires (comme JPMorgan) intègrent déjà, dans leurs calculs, le scénario d'une restructuration face à la dégradation des indicateurs financiers du pays.
Pour comprendre la nervosité de Dakar, il faut remonter à la fin de l'année 2024. Le gouvernement actuel avait alors découvert avec stupeur que l'administration précédente (sous Macky Sall) avait falsifié les comptes publics, dissimulant plusieurs milliards de dollars de dettes non déclarées. Ce scandale financier a fait bondir le ratio de la dette à près de 132 % du PIB, plongeant le Sénégal dans sa crise financière la plus aiguë de son histoire récente.

En réaction, le Fonds monétaire international (FMI) a immédiatement gelé son programme de prêts de 1,8 milliard de dollars. Depuis, le Sénégal navigue à vue et tente de négocier un nouveau programme d'aide, indispensable pour rassurer les bailleurs. Le chef de mission du FMI s'est d'ailleurs rendu à Dakar pas plus tard que la semaine dernière pour tenter de trouver une issue.
La question de la restructuration de la dette est un terrain miné qui a déjà coûté sa place à l'ancien Premier ministre, la figure souverainiste Ousmane Sonko.

Le mois dernier, le président Bassirou Diomaye Faye a limogé Sonko et dissous le gouvernement en raison, précisément, de désaccords profonds sur ce dossier :

La ligne dure (Sonko) : En novembre dernier, l'ancien Premier ministre avait qualifié de « honte » la proposition de restructuration du FMI. Bien qu'il ait récemment adouci son ton lors d'une interview mi-juin sur RFI (affirmant ne plus avoir de "position rigide"), sa réticence historique bloquait les négociations. Désormais installé à la présidence de l'Assemblée nationale, sa capacité de résistance politique reste forte.

La ligne pragmatique (Faye) : Le président et ses équipes estiment qu'un accord avec le FMI, même au prix d'une restructuration, est le seul moyen de débloquer les investissements internationaux et d'obtenir des taux d'intérêt concessionnels supportables.

Certains investisseurs espéraient que le limogeage de Sonko et la fusion, le mois dernier, des ministères de l'Économie et des Finances permettraient enfin d'afficher un message gouvernemental unifié et coordonné. La sortie non concertée du ministre du Commerce prouve que les tensions internes autour de ce choix douloureux sont loin d'être apaisées à Dakar.

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