Afrique du Sud : Tensions et violences xénophobes à Durban après l’attaque d’un camp de réfugiés

Une manifestation hostile à la présence de ressortissants étrangers a dégénéré en affrontements violents dans la ville portuaire de Durban. Pris pour cible par des militants nationalistes, un campement de fortune abritant des réfugiés et demandeurs d'asile africains est devenu le théâtre d'une vive confrontation, contraignant la police sud-africaine (SAPS) à intervenir à coups de gaz lacrymogène, de grenades assourdissantes et de balles en caoutchouc.
L'incident s'est produit dans la rue Che Guevara, aux abords immédiats des bureaux du ministère de l’Intérieur (Department of Home Affairs). C'est là que vivent, sous des tentes et bâches de fortune depuis le mois de mai, des centaines d'immigrés africains (notamment des ressortissants de la République démocratique du Congo, du Malawi et de Somalie). Ces familles s'étaient regroupées dans ce secteur après avoir été expulsées de leurs logements et chassées de plusieurs quartiers périphériques de l'agglomération d’eThekwini. Le cortège, affilié au mouvement anti-immigration « March and March », s'est dirigé vers le rassemblement en affirmant vouloir « nettoyer la rue ». Armés de bâtons pour certains, des manifestants ont tenté d'investir le campement et d'intimider les résidents, provoquant une riposte immédiate et de violents heurts.
Interposées entre les deux groupes pour éviter un lynchage généralisé, les forces de l'ordre ont fait usage de moyens anti-émeutes. Selon les déclarations de responsables associatifs et communautaires, au moins cinq ressortissants étrangers, dont deux enfants en bas âge, ont été blessés et transportés à l'hôpital. La police a par ailleurs procédé à plusieurs interpellations, dont celle d'un ressortissant étranger poursuivi pour voies de fait après un jet de pierre ayant blessé un agent.
Sur place, la précarité des déplacés alimente l'exaspération :
-Promesses non tenues : Les porte-paroles des réfugiés dénoncent l'absence d'abris temporaires sécurisés promis par la municipalité depuis près de quatre mois.
-Dilemme imposé : Les autorités locales et le maire ont récemment enjoint les occupants soit de regagner leurs quartiers d'origine — où ils affirment être menacés de mort —, soit d'être transférés vers le centre de rapatriement de Lindela, antichambre de l'expulsion.
-Cri d'alarme des ONG : Des collectifs de défense des droits humains, tels que Siyafana Sonke Action Campaign, pointent du doigt la passivité des autorités face aux intimidations répétées des milices urbaines et exigent une protection internationale sous l'égide du HCR.
La province du KwaZulu-Natal demeure l'un des foyers les plus instables d'Afrique du Sud en matière de tensions migratoires. Fondé sur un terreau socio-économique dégradé, où le chômage dépasse les 30 %, le discours désignant les travailleurs immigrés comme responsables des pénuries de services publics, de la criminalité et du manque d'emplois continue de mobiliser. Ces derniers mois, les pressions et les ultimatums successifs fixés par les groupes nationalistes ont déjà contraint des dizaines de milliers de migrants à quitter le pays.
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